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Selon une étude KPMG, près de 2000 entreprises françaises sont en hypercroissance, à savoir qu’elles réalisent 15% de croissance annuelle depuis au moins trois ans et avec un chiffre d’affaires supérieur à 3 millions d’euros. Si réussir de façon aussi fulgurante s’apparente à une bonne nouvelle, ça l’est un peu moins quand l’entreprise finit par faire l’amère expérience d’une capacité de trésorerie insuffisante entraînant rapidement une perte de vitesse, voire une cessation de paiement. Comment ne pas tomber dans ce piège pour supporter sur le long terme cette croissance ?

 

Réussir sa croissance c’est valider son business model et son financement

Pour une entreprise, réussir vite sa croissance ne signifie pas passer à côté de tous les challenges qui l’accompagnent. Mal préparé cela peut s’avérer être un exercice très difficile sur le long terme. C’est peut-être une évidence et pourtant… au vu de longévité de certaines structures, il semble important de le rappeler : sans trésorerie, il est impossible de tenir le rythme de la croissance. Car qui dit croissance dit augmentation de la production, dit recrutement, dit augmentation de la masse salariale, dit nouveaux locaux… dit trésorerie ! C’est la condition sine qua non de toute entreprise pour supporter sa croissance.

Aujourd’hui, elles sont bien trop nombreuses celles qui ne respectent pas cette règle essentielle et vitale à leur avenir. Les entrepreneurs qui réussissent sont ceux qui anticipent comment leur croissance va bouleverser la vie de leur entreprise. Il doit revêtir cette double casquette afin d’éviter à terme de se retrouver placé en redressement judiciaire en dépit de son succès. Oui, gérer et entretenir sa croissance se révèle être un exercice difficile auquel il faut se préparer !

 

La clé : trouver le bon équilibre

Tenir le rythme se révélera être un réel tour d’équilibriste. Il va s’agir d’être suffisamment en capacité d’intégrer de l’agilité au cœur de son modèle afin de faire grandir son entreprise au rythme irrégulier des pics de croissance qu’elle rencontre. Ce qui fonctionnait hier ne fonctionnera pas nécessairement demain ! Stratège et gestionnaire à la fois, l’entrepreneur est confronté à un milieu où tout le monde cherche à arriver le premier.Et nous le savons… the winner takes it all ! Se hisser à cette place du podium implique pour l’entrepreneur d’avoir la possibilité de payer ses échéances et à se faire payer pour ne pas arrêter sa croissance en cours de route et se faire dépasser par tous les autres.

Gérer sa croissance implique de mobiliser et conserver l’intelligence collective au sein de son entreprise.Au départ c’est facile : les premiers collaborateurs sont « ultras » enthousiastes, ce sont eux qui ont participé à hisser au plus haut l’entreprise. Mais une fois que les nouveaux arrivent… ça peut s’avérer plus compliqué. La difficulté sera en effet de conserver cet ADN de départ, d’où la nécessité de veiller à bien communiquer et à donner la même envie des anciens en intégrant les nouveaux collaborateurs comme s’ils étaient les premiers venus. C’est d’autant plus vrai avec les nouvelles générations à la recherche de quelque chose qui les rassemblent dans l’entreprise. Et c’est cette capacité qui permettra le maintien de l’hyper croissance !

Enfin,parce que financer sa croissance c’est aussi partir à la recherche de financement externe, le business model devra déjà générer une trésorerie afin de garantir aux autres sa durabilité et son efficacité dans l’avenir.Les banques prennent de moins en moins le risque, il y a donc des limites à repousser à travers ces facteurs rassurants ! L’hyper croissance ne fonctionne que si on a la capacité de financer son projet.

 

Tout projet à croissance forte doit pouvoir montrer sa capacité à augmenter la trésorerie de la société

Le développement rapide ou à très forte croissance est basé sur un business model pérenne. Si le business model ne démontre pas une capacité à générer le financement d’exploitation à moyen terme, l’entrepreneur devra trouver un financement extérieur en risquant de perdre son indépendance voire de mettre fin à son histoire avec une cessation de paiement. Et parce que pour un entrepreneur il est difficile de se connecter à autre chose que son métier, quand on travaille sur ses projets de croissance, il est conseillé d’être bien accompagnés par un regard extérieur.

Pierre PEYRET